La Grave autrement préservons la Meije

Collectif de préservation des milieux de vie du pays de la Meije

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« Lorsque la dernière goutte d’eau sera polluée, le dernier animal chassé et le dernier arbre coupé, l’homme blanc comprendra que l’argent ne se mange pas. » Sitting Bull, chef amérindien

Communiqué de octobre 2023 : RETROUVONS LES CONDITIONS D’UN DIALOGUE CONSTRUCTIF

Après des semaines mouvementées de tensions croissantes, il nous semble important de rappeler que le Collectif « La Grave Autrement » rassemble des citoyens du territoire et des amoureux de la montagne. Il a toujours souhaité être un interlocuteur constructif pour le territoire.

La question centrale qui a toujours animé « La Grave Autrement » est de savoir s’il y a nécessité d’implanter un nouveau téléphérique au-delà des deux tronçons existants que nous n’avons jamais remis en question – et pour cause, nous en sommes usagers. « La Grave Autrement » n’est pas en lutte ni contre la mairie de la Grave, ni contre la SATG, et encore moins contre toutes les personnes favorables au projet que nous connaissons et respectons.

La radicalisation actuelle résulte directement de l’absence d’une discussion sur le fond du projet, qui fait défaut depuis les prémices. Une telle discussion n’a jamais été souhaitée ni par la mairie ni par la SATG. Elle s’impose désormais comme une absolue nécessité. La mairie et la SATG ont en effet jusqu’à présent mené le projet tambour battant malgré toutes les alertes que nous avons pu produire et les procédures qui sont en cours. Nous souhaitons rappeler ici brièvement ces alertes, issues notamment de la phase 1 de l’étude que nous avons confiée à deux cabinets indépendants, présentée publiquement et toujours disponible en ligne, et dont les résultats n’ont jamais été remis en question.

Marche sur le plateau d’Emparis avec l’association Mountain Wilderness

1)  Le projet de 3ème tronçon N’EST PAS RENTABLE

L’étude a conclu à une grande fragilité du modèle économique « bâti autour de biais et d’interprétations ». Les 14 à 17 millions d’euros investis ne pourront pas être amortis, ni par une augmentation de fréquentation (difficile au regard de la capacité), ni par celle du tarif (sauf à arriver à des tarifs exorbitants). La prétendue nécessité d’une infrastructure sur le glacier pour “disperser” les usagers et soi-disant augmenter la fréquentation des skieurs ne repose sur aucun élément tangible et n’a jamais été démontrée.

2) Le projet de 3ème tronçon PRÉSENTE UN FAIBLE INTÉRÊT TOURISTIQUE

C’est le deuxième enseignement de l’étude : le futur espace à 3600m est moins intéressant touristiquement parlant que l’espace actuel à 3200m. Il n’apporte rien d’un point de vue paysager, tout en dégradant l’expérience usager puisqu’il rallonge significativement le temps de montée (changement de cabine obligatoire). Enfin, il n’y a aucune activité proposée à 3600 qui ne puissent l’être à 3200. 

Le projet de troisième tronçon se trompe de « cible » touristique. Avec une augmentation tarifaire notable (qui est déjà en cours depuis plusieurs années), le projet « cible » le touriste fortuné venant d’Europe de l’est ou d’Asie. C’est un miroir aux alouettes : les études touristiques montrent que ce type de tourisme va péricliter dans les années à venir. La Grave doit miser sur la classe moyenne française, celle qui viendra notamment l’été pour fuir les vallées surchauffées. Si le tarif augmente trop, cette clientèle va fuir le territoire, ou adopter des comportements restrictifs : elle prendra le téléphérique, mais en venant à la journée avec son sandwich. 

3)  Le projet de 3ème tronçon IGNORE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

C’est le troisième enseignement de l’étude, les « incertitudes exogènes majeures ». On ne peut pas, comme cela a été présenté, projeter une fréquentation linéaire sur trente ans. Les hivers, et nous sommes les premiers à le déplorer, vont devenir de plus en plus chaotiques, alternant des chutes de neige immédiatement suivies de douceur et de grand vent, rendant les conditions de ski aléatoires. Nous le constatons déjà : le téléphérique est « bondé » les quelques jours de poudreuse (rendant l’expérience parfois désagréable), et peu fréquenté le reste du temps.

De plus, le bilan carbone du projet présenté par la SATA est faux : il compare les émissions de l’actuelle infrastructure (téléski fonctionnant au gazole) avec celles du tronçon de téléphérique envisagé, alors que le téléski actuel ne peut plus être exploité compte tenu de la fonte accélérée du glacier et doit dans tous les cas être démonté.

4)  Le 3ème tronçon N’EST PAS L’UNIQUE SOLUTION POUR LA PÉRENNITÉ DU TÉLÉPHÉRIQUE

Si le troisième tronçon n’est pas construit, ce n’est pas la « mort » du téléphérique actuel. Au contraire cela le sécurise autour de ses deux tronçons existants ! Avec un investissement bien moindre (c’est-à-dire la requalification de la gare d’arrivée de 3200 actuelle pour en faire un espace plus attractif, notamment l’été), nous arriverons au même résultat en termes d’attractivité pour le tourisme. De surcroît, les coûts d’exploitation seront très inférieurs, puisqu’il n’y a pas de troisième tronçon à « faire tourner ». C’est ce que doit démontrer la phase 2 de l’étude, toujours en cours : contrairement à ce que l’on peut entendre, bâtir un modèle économique viable ne se fait pas sur un coin de table et prend du temps. 

5)  Le 3ème tronçon VA METTRE LE TERRITOIRE EN GRANDE FRAGILITÉ ÉCONOMIQUE

Rappelons que la « mise de fond » de la seule commune de La Grave est de 500 000 € minimum, soit 1000 € par habitant. Les emprunts contractés auront pour effet de grever le budget municipal et d’empêcher d’autres investissements sur la commune.

De plus, la commune de La Grave sera privée des potentiels impacts financiers positifs du projet. L’investissement va surtout être rentable pour la SATA, car il présente un atout marketing permettant de renforcer l’attrait des deux autres grandes stations que le groupe exploite (2 Alpes et Alpe d’Huez). Les revenus qui pourraient en découler n’iront pas à la commune de la Grave. Preuve en est le restaurant prévu à 3200 qui a été soigneusement conservé dans l’escarcelle de la filiale restauration du groupe.

6)  Le projet de 3ème tronçon A ÉTÉ CONÇU UNIQUEMENT POUR JUSTIFIER DES OPÉRATIONS DE PROMOTION IMMOBILIÈRE QUI RISQUENT DE REMETTRE EN QUESTION L’EXCEPTIONNALITÉ DE LA GRAVE

C’est le modèle d’aménagement des stations de ski, qui date du siècle dernier, et que tous les scientifiques actuels remettent en cause. Les stations ne sont jamais rentables sur l’exploitation du domaine, mais toujours sur les projets immobiliers qui les accompagnent. Pour preuve, les futures résidences étaient déjà en vente cet été, dans l’illégalité la plus totale puisque aucun permis de construire n’a encore été délivré. L’idée d’une liaison avec Les 2 Alpes (station également gérée par la SATA) est dans les cartons depuis plusieurs décennies: la gare d’arrivée du troisième tronçon est à quelques pas seulement des Deux Alpes, réalisant presque de fait un tel projet. Un domaine skiable vendu à ses clients au nombre de kilomètres de pistes et des projets immobiliers de lits froids défigurant paysage et patrimoine font courir le risque important de tuer La Grave en remettant en question ce qui faisait son exceptionnalité.

7)  LA MAJORITÉ DE LA POPULATION N’EST PAS EN FAVEUR DU PROJET

Les chiffres de l’enquête publique ont été honteusement manipulés, et font l’objet d’un recours juridique. Il suffit de consulter le rapport du commissaire enquêteur et d’additionner les contributions « pour » et « contre », et on obtient 55% de contributions contre le projet, ce qui reflète la réalité d’un avis très partagé entre le « pour » et le « contre ». Rappelons aussi qu’une enquête publique n’est pas un référendum : beaucoup de personnes n’ont pas contribué pour des raisons diverses, et notamment parce que les contributions ne sont pas anonymes. De même, la majorité des commerçants n’est pas en faveur du projet : 6 commerçants ont affiché ouvertement leur sympathie pour le projet (c’est tout à fait leur droit) sur leurs réseaux sociaux cette semaine (avec un post unique qui leur a très certainement été fourni), sur la cinquantaine que compte le territoire. 

8)  LE PROJET N’AURA QUE PEU DE RETOMBÉES ÉCONOMIQUES SUR LE TERRITOIRE

Le projet présenté en 2020 en réunion publique affichait 560 millions d’euros de retombées économiques sur le territoire pour les trente ans de concession. L’étude que nous avons présentée a réfuté les bases de ce calcul, proposant 350 millions d’euros. Ce calcul a été manifestement repris par la SATA qui a indiqué 332 millions dans les etudes jointent au permis de construire (dans l’enquête publique). C’est-à-dire qu’en deux ans, la SATA s’est « trompée » dans ses calculs de 228 millions d’euros ! Si l’on divise ces retombées par le nombre de socioprofessionnels, cela fait finalement assez peu, d’autant qu’une très grande partie va être directement « captée » par les résidences de tourisme qui seront construites pour financer le projet. 

9)  LES RECOURS JURIDIQUES N’ONT PAS ÉTÉ PERDUS

Au contraire, ils n’ont pas encore été jugés. Le verdict de juin 2023 concernait un référé suspension : il s’agit d’une procédure d’urgence où un juge unique statue dans des délais très contraints. Nos nombreux arguments n’ont pas été tranchés sur le fond et la justice a besoin de temps pour être rendue sur un dossier aussi complexe. Rappelons notamment qu’en juin 2023 la SATG jurait qu’il n’y avait pas d’Androsaces sur le rognon. La suite a démontré le contraire… Ainsi, démarrer les travaux sans attendre de purger ces recours est un grand risque : si le jugement était en défaveur lorsqu’il sera jugé dans plusieurs mois, la SATG pourrait être amenée à revoir sa copie, abandonner une partie du projet ou même démonter.

S’agissant de l’absence de réponse du préfet quant au sujet de l’Androsace nous tenons fermement à ce que l’Etat prenne ses responsabilités et nous l’avons enjoint d’étudier le dossier avec la plus grande attention, ce qui n’a pas été fait à ce jour et fait l’objet d’un recours en justice.

10)  Notre proposition :

Nous souhaitons continuer à travailler à l’ouverture d’un dialogue collectif sur l’avenir de nos territoires.

Abandonnons dès à présent ce projet de troisième tronçon pour éviter que ne se génèrent plus de tensions, de recours juridiques incessants et d’occupations. Si la SATA ne tend pas la main elle aussi vers tous ceux qui ne croient plus à l’aménagement excessif de la montagne, elle s’expose à une marginalisation inévitable dans le débat public.  Si la SATA refuse d’écouter le nombre grandissant de citoyens qui œuvrent vers d’autres modèles de développement que celui issu des années 60, résolument obsolète, elle marche droit vers une diabolisation qu’il sera difficile d’atténuer. 

Nous proposons de nous remettre, tous ensemble, autour de la table, et de réfléchir à un projet alternatif sans troisième tronçon, ni projets immobiliers pour le financer. C’était déjà, il y a des années, l’idée centrale de l’association “Let’s keep it wild”, qui rassemblait nombre d’acteurs du canton : libérer le glacier de toutes les infrastructures existantes, sans les remplacer par d’autres, prétendument plus “performantes”. C’est l’objet, rappelons-le, de la deuxième phase de l’étude que nous avons commanditée et qui est déjà financée, grâce aux mécènes et au financement participatif.

Nous proposons de mener une action symbolique collective : allons démonter ensemble le téléski sur le glacier, sujet sur lequel nous sommes tous d’accord. Ce geste partagé permettra de nous sortir du clivage ridicule qui oppose des habitants qui, tous, sont concernés par l’avenir de nos montagnes. Nous retournerons ainsi l’engouement médiatique pour la controverse stérile, et tout le monde pourra sortir de ce conflit, générateur d’intelligence collective, la tête haute.

Levez les yeux, regardez ces glaciers qui font la fierté de notre village.  En 2050, ils auront disparu. N’est-il pas temps de leur offrir un autre avenir que celui de l’exploitation ? N’est-il pas temps que les gens reviennent ici pour les raisons primordiales qui leur ont fait aimer La Grave, sa destinée hors-normes, en marge des modèles dominants ? N’est-il pas temps que les usagers puissent rencontrer et parcourir une montagne libérée d’une logique aménagiste qui, de toutes manières, est vouée à péricliter ?  

Avec le soutien de Mountain Wilderness France

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